IV. Frédéric le Grand

et la peine de mort

C'était l'historien français Jean-Paul Bled qui remarqua dans sa biographie » Frédéric le Grand « avec un jugement succinct : » Dans l'esprit d'un Français, Frédéric II est associé à la figure de Voltaire «. En vérité, la différence entre tous les deux était assez grande. Contrairement à Frédéric le Grand, Voltaire ne commença jamais une guerre parce que la guerre n'appartient sûrement pas à un esprit éclairé, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que la raison selon M. Bled ? À son avis, Frédéric le Grand refusa tous les dogmes et la tradition d'autant plus qu'il refusa également la métaphysique pour souligner seulement la raison par la suite. Mais qu'est-ce qui peut signifier un seul mot » raison « ? Frédéric le Grand approuva en conservant pendant toute sa vie le système monarchique. Le système monarchique est issu de droit divin. Jean Bodin le savait. Marc Aurèle, les Romains et le stoïcisme appartiennent aussi à la tradition telle que la religion chrétienne. M. Bled et la plupart des contemporains ne sont pas vraiment très compréhensif à cet égard.


Frédéric le Grand approuva pendant toute sa vie la peine de mort tel que son père le fit. Il ne restreignit jamais l'usage de la peine de mort pendant sa vie. L'usage de cette punition dépendait seulement des crimes. Malgré tout Frédéric le Grand était un enfant du siècle des Lumières où la signification de la raison joua un rôle décisif pour tous les lettrés. Il n'était pas un homme ainsi religieux tel que son père le fut. La raison détermina sa vie et ses actions. Pourtant la plupart des penseurs qui déterminent le siècle des Lumières approuvaient la nécessité de la peine de mort dans une société humaine d'autant plus qu'il existe une corrélation décisive entre les pensées du siècle des Lumières et l'approbation de la peine de mort dans un État-Raison. La raison objective qui se manifeste dans la nature suppose une raison créatrice par la suite. C'est-à-dire qu'il n'existe pas une contradiction entre la nature - le droit naturel et la raison d'une part et la vraie religion chrétienne d'autre part. Selon le philosophe français Claude Tresmontant : » Le rationalisme, c'est le monothéisme.«

Pour cette raison l'historien allemand Jean Kunisch s'est trompé absolument en ecrivant le suivant :

 

" (...) Keine religiöse, auf die christliche Offenbarung gestützte Fundierung mehr. An ihrer Stelle wollte er (Frédéric le Grand) den Prinzipien des Naturrechts Geltung verschaffen. (...)"

 

La religion et la raison peuvent être aux yeux des hommes quelque chose irrationnelle. Mais la religion et la raison ne peuvent être qu'aux yeux des hommes quelque chose rationnelle en les faisant attention à la substance. La substance méne à une raison créatrice. La substance est la raison.

Aujourd'hui nous vivons plutôt après le siècle de Lumières dans un siècle de Relativisme sans aucune substance perceptible. Le siècle des Lumières était un apogée culturel. Le siècle de Relativisme est plutôt un déclin culturel. La plupart des gens d'aujourd'hui ignorent des valeurs absolues. Mais Frédéric le Grand reconnut pendant toute sa vie des valeurs absolues. Aujourd'hui, le mariage est subordonné au Relativisme. Toutes les valeurs sont subordonnées au Relativisme. Frédéric le Grand détesta vraiment une religion chrétienne présentant l'irrationalisme. Le Relativisme est une chose absoluement irrationnel notamment au sujet de ses conséquences. La justice ne se fait jamais subordonnée au Relativisme. La justice est une chose substantielle. Frédéric le Grand le savait en le vivant sans ménagement. Ce n'était pas un subjectivisme de Frédéric le Grand. Pas vraiment car il reconnut la raison dans un État-Raison. Mais ce n'était ni la raison ni l'État-Raison dépendant d'une majorité suprême. Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que la vérité ? Et comment on-peut créer un État fondé sur la justice ?

C'était Pape Benoît XVI. qui tenait devant le Bundestag allemand un discours en disant le suivant :

 

»  Pour une grande partie des matières à réguler juridiquement, le critère de la majorité peut être suffisant. Mais il est évident que dans les questions fondamentales du droit, où est en jeu la dignité de l’homme et de l’humanité, le principe majoritaire ne suffit pas: dans le processus de formation du droit, chaque personne qui a une responsabilité doit chercher elle-même les critères de sa propre orientation. Au troisième siècle, le grand théologien Origène a justifié ainsi la résistance des chrétiens à certains règlements juridiques en vigueur: « Si quelqu’un se trouvait chez les Scythes qui ont des lois irréligieuses, et qu’il fut contraint de vivre parmi eux… celui-ci certainement agirait de façon très raisonnable si, au nom de la loi de la vérité qui chez les Scythes est justement illégalité, il formerait aussi avec les autres qui ont la même opinion, des associations contre le règlement en vigueur… »«


Sur cette trame, nous sommes capable de concevoir la source de la justice. La justice prend toujours sa source dans la substance, dans la raison humaine, dans la nature, dans la religion chrétienne et notamment dans la Trinité. La justice ne connaît pas une source qui englobe le droit positif et une majorité suprême. Pape Benoît XVI et Frédéric le Grand, tous les deux, sont surtout des métaphysiciens au lieu des empiristes anglais. Frédéric le Grand ne refusa pas la religion chrétienne. Mais il détesta tous les hommes qui abusèrent la religion pour s'enrichir. En ce qui concerne l'abus de la foi chrétienne par les hommes Frédéric le Grand écriva le suivant :

 

» La religion chrétienne était si dégénérée, qu'on n'y reconnaissait plus les caractères de son institution. Rien ne surpassait, dans son origine, la sainteté de sa morale ; mais la pente de cœur humain à la corruption en pervertit bientôt l'usage «

 

 En savoir plus ?

 

» (...) La religion prit alors une forme nouvelle, et se rapprocha beaucoup de son ancienne simplicité. Ce n'est point ici le lieu d'examiner s'il n'eût pas mieux valu lui laisser plus de pompe et d'extérieur, pour qu'elle en imposât davantage au peuple, qui n'est frappé et ne juge que par le sens : il paraît qu'un culte tout spirituel, et aussi nu que l'est celui des protestants, n'est pas fait pour des matériels et grossiers, incapables de s'élever par la pensée à l'adoration des plus sublimes vérités.

La réforme (lutheriènne) fut utile au monde, et surtout aux progrès de l'esprit humain : les protestants, obligés de réfléchir sur des matières de foi, se dépouillèrent tout d'un coup des préjugés de l'éducation, et se virent en liberté de se servir de leur raison, de ce guide qui est donné aux hommes pour les conduire, et dont au moins ils devraient faire usage pour l'objet le plus important de leur vie. Les catholiques, vivement attaqués, furent obligés de se défendre ; les ecclésiatiques étudièrent, et ils sortirent de l'ignorance crasse et honteuse dans laquelle ils croupissaient presque généralement. (...) «

 

Pour cette raison, il n'existe pas une contradiction entre Frédéric le Grand et Pape Benoît XVI. Pour l'un, la justice est une révélation de raison et pour l'autre une révélation de Dieu. Pourtant toutes les deux révélations entrecroisent encore une fois. L'approbation de la peine de mort prend sa source dans la raison humaine respectivement dans la révélation chrétienne. La peine de mort est en tout cas subordonnée à la justice. Mais l'État de la Prusse connut l'approbation de la peine de mort jusqu'à sa fin en 1918. Jésus approuva la peine de mort comme remède pour regagner la justice. C'est pourquoi la Magistère de l'Église catholique apprend aux fidèles l'approbation de la peine de mort dans un État. Frédéric le Grand approuva la peine de mort parce qu'il reconnut la raison.

Cela va de soi que la plupart des philosophes et lettrés approuvent la peine de mort parmi lesquelles se trouvent par exemple Rousseau, Montesquieu, Kant, Schopenhauer, Gœthe et Shakespeare.

Shakespeare ? Un des deux fossoyeurs dit à l'autre : » Ton esprit me plaît bien, ma foi. La potence, c'est bien. Mais en quoi c'est bien ? C'est bien pour ceux qui font mal. «

(© T.L.2012)